Le second tour des élections municipales 2026 redessine la carte politique des grandes villes françaises. La gauche conserve la plupart de ses bastions, mais avec des marges plus serrées qu’en 2020. La droite tient Toulouse, reprend Bordeaux et garde Reims. Le Rassemblement national progresse à Marseille jusqu’à 40 %, sans emporter la ville. À Nice, Éric Ciotti et l’Union de la droite républicaine prennent la mairie de Christian Estrosi. Le détail ville par ville, avec les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, dessine un paysage moins lisible que les vagues précédentes.
Paris : Grégory l’emporte face à Dati, la droite progresse mais ne suffit pas
À Paris, Emmanuel Grégoire (PS, Union de la gauche) succède à Anne Hidalgo avec 50,52 % des voix et 428 143 bulletins. Sa liste obtient 103 sièges au Conseil de Paris. Rachida Dati (LR, Union de la droite) progresse nettement par rapport à 2020 : 41,52 %, 351 825 voix, 51 sièges. Sophia Chikirou (LFI) obtient 7,96 % et 9 sièges, score modeste mais suffisant pour maintenir une voix LFI dans l’hémicycle parisien.
La participation s’établit à 61,60 %, en légère hausse par rapport au premier tour. Les votes blancs (1,41 %) et nuls (0,66 %) restent dans des proportions habituelles. Pour la gauche, c’est une victoire moins large que ne le laissaient espérer les premiers sondages : Dati a réussi à mobiliser un électorat de droite et de centre élargi, mais l’arithmétique des arrondissements a joué pour Grégoire.
Marseille : Payan résiste, Allisio fait monter le RN à 40 %

À Marseille, Benoît Payan (Divers gauche) est réélu avec 54,34 % et 163 586 voix, soit 73 sièges. L’événement de cette élection, c’est la performance de Franck Allisio (RN), qui obtient 40,30 % et 121 310 voix, avec 34 sièges au conseil municipal. Martine Vassal (Divers droite), longtemps en position de challenger, s’effondre à 5,36 % et 4 sièges.
Le second tour à Marseille raconte deux choses. D’abord, la solidité du bloc de gauche qui a porté Payan en 2020 reste intacte. Ensuite, l’effondrement de la droite républicaine locale au profit du RN, qui devient mécaniquement la première force d’opposition. La participation reste basse : 55,40 %, soit moins de six électeurs sur dix.
Lyon : Doucet sauve la mairie face à Aulas dans un mouchoir de poche

L’un des duels les plus serrés du scrutin se joue à Lyon. Grégory Doucet (Les Écologistes, Union de la gauche) conserve la ville avec 50,67 %, soit seulement 2 762 voix d’avance sur Jean-Michel Aulas (Divers centre, 49,33 %). L’ancien président de l’OL réussit son pari de transformer sa notoriété sportive en assise électorale, mais échoue de très peu à reprendre la ville à l’écologie politique.
Doucet obtient 46 sièges, Aulas 27. La participation grimpe à 66,06 %, l’une des plus élevées des grandes villes, signe que le duel a mobilisé les abstentionnistes. Le score envoie un signal : le bilan écologiste lyonnais est défendu, mais sans la marge confortable de 2020. Le mandat qui s’ouvre se jouera sur la gestion concrète plus que sur le récit politique.
Toulouse : Moudenc s’impose, la gauche unie reste sous la barre

Jean-Luc Moudenc (Divers droite) signe un troisième mandat avec 53,87 % et 92 152 voix face à François Piquemal (Divers gauche, La gauche unie), qui obtient 46,13 % et 78 925 voix. Le report est mathématiquement net : 53 sièges contre 16. La participation atteint 62,48 %, dans la moyenne haute.
Pour la gauche toulousaine, ce résultat marque un plafond difficile à dépasser. L’union LFI–PS–Écologistes a produit son meilleur score depuis dix ans sans suffire à inverser la tendance. La sociologie de Toulouse intra-muros — cadres, fonction publique, étudiants — n’a pas basculé.
Nice : Ciotti gagne contre Estrosi, l’extrême droite prend une grande ville

C’est le résultat le plus politique de la soirée. Éric Ciotti, sous l’étiquette Union de l’extrême droite (alliance UDR-RN), l’emporte avec 48,54 % et 61 009 voix face à Christian Estrosi (Union de la droite, Horizons) à 37,20 %. Juliette Chesnel-Le Roux (Union de la gauche) ferme la marche avec 14,26 %.
Ciotti obtient 52 sièges, Estrosi 13, l’union de la gauche 4. La participation atteint 55,92 %. Pour la première fois, une ville française de plus de 300 000 habitants bascule dans le camp d’une alliance UDR-RN. Le contexte niçois — sociologie vieillissante, électorat de droite ancienne — explique en partie ce résultat, mais le signal national est lourd : la digue républicaine que représentait Estrosi a cédé.
Nantes et Montpellier : la gauche tient, mais le RN et LFI grignotent

À Nantes, Johanna Rolland (PS) est reconduite avec 52,18 % face à Foulques Chombart de Lauwe (LR, Divers droite) à 47,82 %. Le score est plus serré qu’en 2020 (53 sièges contre 16). La participation s’établit à 63,04 %.
À Montpellier, Michaël Delafosse (PS, Union de la gauche) passe de justesse : 50,13 %, 38 668 voix, 53 sièges. Le scrutin met en lumière l’éclatement à gauche, avec Nathalie Oziol (LFI) à 25,06 % et Mohed Altrad (Divers centre) à 24,81 % — chacun obtient 8 sièges. La participation chute à 45,84 %, l’une des plus faibles du scrutin, ce qui fragilise la légitimité du nouveau mandat.
Strasbourg : Trautmann revient, la gauche se divise en trois

Le cas strasbourgeois est inédit. Catherine Trautmann (Divers gauche), ancienne maire de la ville, retrouve la mairie avec 37,00 % seulement, mais 45 sièges grâce au mode de scrutin. Jeanne Barseghian, la maire écologiste sortante, est nettement battue avec 31,70 % et 10 sièges. Jean-Philippe Vetter (LR) finit à 31,29 % avec 10 sièges également.
L’absence d’accord entre Trautmann et Barseghian au second tour a coûté cher à l’écologie politique. Le mandat qui s’ouvre verra une majorité de gauche, mais sans la dynamique unitaire qui caractérisait la mandature 2020-2026. La participation reste correcte à 60,07 %.
Bordeaux : Cazenave reprend la ville à Hurmic d’un cheveu

Le basculement le plus serré du scrutin. Thomas Cazenave (Renaissance, Union du centre) reprend Bordeaux à Pierre Hurmic (Les Écologistes) avec 50,95 % contre 49,05 % — un écart de 1 827 voix. Cazenave obtient 49 sièges, Hurmic 16. La participation s’élève à 57,01 %.
Le résultat referme la parenthèse écologiste bordelaise ouverte en 2020. Cazenave incarne un centrisme municipal pragmatique qui a su capter les déçus de la gestion écologiste sur les transports, l’urbanisme et la sécurité. Le faible écart laisse cependant peu de marge politique au nouveau maire.
Lille, Rennes, Reims : trois schémas différents pour clôturer la soirée

À Lille, Arnaud Deslandes (PS), successeur désigné de Martine Aubry, l’emporte avec 49,33 % et 47 sièges. Lahouaria Addouche (LFI) obtient 33,70 % et 10 sièges. Matthieu Valet (RN) entre au conseil municipal lillois avec 8,98 % et 2 sièges — une première dans cette ville. La participation reste basse : 52,31 %.
À Rennes, Nathalie Appéré (PS) est reconduite avec 43,78 % et 44 sièges face à Charles Compagnon (Horizons, Union du centre) à 36,38 % et Marie Mesmeur (LFI) à 19,84 %. La triangulaire a profité à la maire sortante, qui conserve une majorité confortable avec 57,55 % de participation.
À Reims, Arnaud Robinet (Horizons, Divers droite) est largement réélu avec 51,86 % face à Anne-Sophie Frigout (RN) à 25,92 % et Éric Quénard (Union de la gauche) à 22,22 %. Reims confirme sa singularité : une ville où la droite modérée tient bon, mais où le RN s’installe comme deuxième force devant la gauche. La participation y est très faible : 45,06 %.
Ce que le scrutin change pour la suite

Trois enseignements ressortent du second tour. D’abord, le RN devient une force municipale réelle dans plusieurs villes du sud et du nord-est, sans franchir le plafond du second tour dans les métropoles. Ensuite, l’écologie politique de 2020 a échoué à transformer ses victoires en hégémonie locale : Bordeaux est perdue, Lyon tient à 2 700 voix près, Strasbourg passe à un autre courant de gauche. Enfin, la droite républicaine classique sort affaiblie : sauf à Toulouse et Reims, elle est soit dépassée par le RN, soit absorbée par le centre macroniste.
Pour les territoires, l’enjeu immédiat est la gouvernance de mandats étroits. Plusieurs maires ouvrent leur mandature avec moins de 51 % et une opposition municipale forte. Les arbitrages budgétaires, les zones à faibles émissions, la sécurité et le logement deviendront les terrains concrets où ces majorités se joueront.— Hélène Vasseur, rédaction POwR Earth. Données issues du ministère de l’Intérieur, dernière mise à jour des résultats consolidés sur les douze villes au lendemain du second tour.