La cour d’appel de Colmar a confirmé, mardi 20 janvier 2026, la condamnation de Nordahl Lelandais pour violences conjugales commises au parloir de la maison centrale d’Ensisheim, dans le Haut-Rhin. L’ancien militaire, déjà incarcéré pour deux meurtres et purgeant une réclusion criminelle à perpétuité, écope d’un an de prison ferme. La cour a également prononcé le retrait total de l’autorité parentale sur son fils de deux ans et une interdiction d’entrer en relation avec lui pendant trois ans. À cela s’ajoute une mesure absente du jugement de première instance : deux ans d’interdiction de contact avec sa compagne.
Le verdict de Colmar referme une procédure ouverte après un incident survenu en juin 2025 au sein de l’établissement pénitentiaire. Sur le fond, la décision modifie peu la situation pénale de Lelandais — sa peine perpétuelle, prononcée pour le meurtre de la petite Maëlys De Araujo, court déjà — mais elle illustre la manière dont la justice traite des violences conjugales survenant en milieu carcéral, y compris lorsque la victime refuse de se constituer partie civile.
Les faits jugés à Ensisheim

L’épisode pour lequel Nordahl Lelandais comparaissait remonte au 9 juin 2025. Lors d’une visite au parloir, le détenu avait saisi sa compagne par les cheveux avant de porter une main autour de son cou, jusqu’à ce qu’elle parvienne à se dégager. Les faits ont été constatés et résumés à l’audience par le procureur de Colmar, Jean Richert. L’enfant du couple, alors âgé de moins de deux ans, était présent dans la pièce.
La compagne du prévenu, âgée de 33 ans, a fait valoir auprès du Parisien que les images de vidéosurveillance avaient été, selon elle, mal interprétées. Elle ne s’est pas constituée partie civile et n’a pas assisté à l’audience d’appel, tenue à huis clos. Ce refus de se considérer comme victime est l’un des éléments les plus singuliers du dossier : il n’a pas empêché les magistrats de qualifier les faits de violences conjugales sur la base des constatations matérielles.
Ce que change précisément l’arrêt d’appel

Le tribunal correctionnel d’Ensisheim avait, en première instance, condamné Lelandais à un an de prison ferme et prononcé les mesures relatives à l’enfant. Le détenu, qui se fait désormais appeler Nordahl Périnet du nom de jeune fille de sa mère, avait choisi de faire appel uniquement sur les deux décisions concernant son fils : l’interdiction de relation pendant trois ans et le retrait total de l’autorité parentale.
L’appel incident formé par le parquet a élargi le champ de la juridiction d’appel à l’ensemble du dossier. C’est ce qui a permis à la cour de Colmar d’ajouter, en suivant les réquisitions du parquet, une interdiction de contact de deux ans avec la compagne. Cette mesure n’était pas inscrite au jugement initial. Sur le plan pratique, elle interdit désormais toute visite au parloir, tout courrier et toute communication téléphonique entre le détenu et la mère de son enfant pendant la durée fixée.
La peine d’un an ferme s’ajoute à la peine perpétuelle déjà en cours. L’effet calendaire est limité — Lelandais ne sortira pas de prison pour purger ce nouveau quantum —, mais la condamnation a une portée juridique : elle alourdit son casier et pèsera dans toute future demande de libération conditionnelle, théoriquement envisageable après la période de sûreté de vingt-deux ans.
La question de l’autorité parentale en détention

Le volet le plus structurant de l’arrêt concerne l’enfant. Le retrait total de l’autorité parentale, confirmé en appel, signifie que Nordahl Lelandais perd l’ensemble des droits et devoirs attachés à cette qualité : décisions relatives à la scolarité, à la santé, à la résidence ou à l’administration des biens du mineur. L’interdiction d’entrer en relation avec lui pendant trois ans verrouille en parallèle tout contact, y compris épistolaire ou téléphonique.
Cette double mesure illustre une orientation que la justice française durcit depuis plusieurs années dans les dossiers de violences conjugales avec enfant témoin. Le mineur est juridiquement considéré comme covictime des violences exercées sur l’autre parent, indépendamment du fait qu’il en ait été directement la cible. Dans le cas d’Ensisheim, la cour a estimé que la présence du jeune enfant lors de l’agression suffisait à justifier la protection la plus étendue prévue par les textes.
Le contexte pénal de Nordahl Lelandais

Incarcéré à la maison centrale d’Ensisheim depuis septembre 2022, l’ancien militaire de 42 ans purge deux condamnations criminelles distinctes. La première, prononcée en 2021 par la cour d’assises de la Savoie, porte sur vingt ans de réclusion pour le meurtre du caporal Arthur Noyer, pris en stop en avril 2017 et tué dans la nuit qui a suivi. La seconde, plus médiatisée, a été prononcée en février 2022 par la cour d’assises de l’Isère : réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans, pour l’enlèvement et le meurtre de Maëlys De Araujo, huit ans, lors d’un mariage en Isère en août 2017.
Le rappel de ces deux affaires éclaire la lecture qui peut être faite de l’arrêt de Colmar. La cour d’appel ne se prononce pas sur les meurtres pour lesquels Lelandais est déjà condamné. Elle juge un fait nouveau, intervenu en détention, dont la qualification pénale — violences conjugales avec enfant témoin — relève d’un régime spécifique et obéit à sa propre logique probatoire.
Ce qu’il faut retenir
L’arrêt rendu à Colmar n’allège ni n’aggrave significativement la peine globale de Nordahl Lelandais, qui restera incarcéré pour les décennies à venir. Sa portée se situe ailleurs : il sanctionne un comportement précis, il protège juridiquement un enfant placé en situation de témoin direct, et il pose des limites concrètes aux relations que le détenu peut entretenir depuis sa cellule. Pour les juristes, le dossier constitue aussi un cas d’école sur l’extension des effets d’un appel incident, qui a permis ici au parquet d’obtenir une mesure que la première instance n’avait pas retenue.
L’affaire pourra encore faire l’objet d’un pourvoi en cassation, mais sur des questions strictement procédurales. Sur le fond, le calendrier judiciaire de Nordahl Lelandais est désormais celui des grandes échéances liées à sa peine perpétuelle.
— Camille Rousseau, rédaction POwR Earth. Faits et décisions de justice établis à partir des éléments rendus publics par le parquet de Colmar.